La présidente de la BCE Christine Lagarde à Francfort sur le Main, le 30 avril 2026 ( AFP / Kirill KUDRYAVTSEV )
La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a averti jeudi d'une érosion de l'indépendance des banques centrales, face à des pressions politiques appelées à s'accentuer dans un contexte économique moins favorable.
"Dans un monde où les conditions deviennent plus difficiles, le défi n'est plus simplement de préserver l'indépendance juridique" des banques centrales, "mais surtout de maintenir la crédibilité nécessaire pour l'exercer", a déclaré Mme Lagarde dans un discours à Phnom Penh, au Cambodge.
L'indépendance "s'est de facto détériorée dans près de la moitié des banques centrales représentant environ 75% du PIB mondial", a-t-elle souligné.
"Le principal défi pour les banques centrales aujourd'hui — la menace croissante pesant sur leur indépendance — était à peine pensable il y a dix ans", avait déclaré lundi le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, qui quittera ses fonctions en juin, remplacé par Emmanuel Moulin, haut fonctionnaire et rouage-clé de la macronie.
Le contexte actuel avec une inflation plus élevée et des dettes publiques importantes expose davantage les banques centrales aux critiques et aux tentatives d'influence.
Mme Lagarde a cité l'exemple récent des Etats-Unis, où l'ex-président de la Réserve fédérale (Fed), Jerome Powell, attaqué de front par Donald Trump parce qu'il ne baissait pas assez vite les taux pour soutenir l'économie, avait "publiquement défendu l'indépendance de l'institution" en s'appuyant sur "le soutien public construit au fil des années grâce à ses décisions indépendantes", selon l'ancienne directrice du FMI.
Son successeur, Kevin Warsh, a prêté serment à la Maison Blanche devant M. Trump, une première depuis Ronald Reagan, de quoi relancer les critiques sur son manque d'indépendance supposé vis-à-vis du président américain.
"C'est précisément lorsque les décisions de politique monétaire sont politiquement sensibles et économiquement coûteuses que la crédibilité est la plus nécessaire – et aussi la plus difficile à préserver", selon Mme Lagarde.
Le débat a désormais changé de nature : "la question n'est plus simplement de savoir comment garantir l'indépendance" mais "comment la protéger lorsqu'elle est mise à l'épreuve", a averti Mme Lagarde, soulignant qu'"il faut du temps pour construire la confiance, mais un instant suffit pour la perdre".
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